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Du bahutage à la Spéciale en 2003
Sur le camp de Coëtquidan, les années passent et se ressemblent : la pompe et les affres du bataillon se succèdent sans échappatoire possible. En est-il de même pour le bahutage qui, depuis une quinzaine d’années, a pris une forme nouvelle et adaptée à nos aspirations ? Une quinzaine d’année me direz-vous ? Mais alors où est la tradition ? Où sont passées ces coutumes d’antan qui rythmaient la vie du bazar pendant de longs mois, un bazar qui courait de la piaule au réfectoire, du petit bois à la cour Austerlitz, le tout bercé par la voix mélodieuse de l’Ancien, cet Affreux, qui savait lui prodiguer les conseils utiles pour bien vivre à la Spéciale ? Inquiétude légitime du Grand Ancien qui voit disparaître quelques us et coutumes. Aussi est-il nécessaire de vous rassurer cher Ancien, l’esprit saint-cyrien n’est pas mort !
Gardien de la Tradition saint-cyrienne, c’est le titre qui revient au Colonel des Gardes, gardien de la Tradition, ce n’est pas laisser s’empoussiérer de vieux rites dans une salle, de refaire de la même manière ce que ses Anciens lui ont appris. La Tradition n’est pas une chose morte, mais elle vibre, elle est animée d’un esprit qui souffle, qui s’enracine dans la vie quotidienne : la Tradition saint-cyrienne ne s’est pas construite il y a deux cents ans, comme un monument, elle est née il y a deux cents ans. Tout au long de ces longues années, la Tradition s’est forgée, s’est reconstituée, elle a survécu, parce que dans le cœur d’un Saint-cyrien, brillait une flamme. Nous connaissons tous cette citation de Valéry : « La véritable tradition n’est point de refaire ce que les autres ont fait, mais de trouver l’esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de tout autres en d’autres temps. »
Le bahutage à la Spéciale connaît des évolutions, notamment des restrictions dans le temps, sous les coups de la Pompe. Il a pris le titre officiel « d’exercice de Tradition », et s’il reste l’apanage des élèves, il est très largement surveillé par les voraces. Les séances de bahutage visent à transmettre un héritage commun, mais également personnalisé. L’esprit du bahutage reste fidèle à la gravité et la jeunesse du Saint-cyrien.
Le bahutage aujourd’hui n’a donc plus la même forme qu’autrefois, et avec la nouvelle réforme : il y a encore des évolutions. Les raisons en sont simples : le premier semestre du Premier Bataillon de France est consacré au stage à l’étranger, puis le deuxième semestre à l’aboutissement de la formation militaire, avec notamment le stage d’aguerrissement en Guyane et le stage commando à Mont-Louis. Le Premier Bataillon de France n’est donc plus présent à la Spéciale pour assurer le bahutage et la transmission des traditions. Aussi, naturellement, ce rôle revient au Deuxième Bataillon de la Spéciale, en charge de bahuter les Bazars du Troisième Bataillon. Pour le Premier Bataillon de France, il y a donc deux bataillons de bazars : les bazars et les petits bazars, pour le Deuxième Bataillon, une promotion d’officiers et un bataillon de bazars, eux-mêmes étant « officiers », enfin pour le Troisième Bataillon : il y a simplement deux promotions d’ « officiers ». Mais qu’en est-t-il de l’ « Affreux », ce terme si cher à tous ? Les remous de la nouvelle réforme ne sont pas encore retombés, mais il y a fort à penser qu’il y aura : « les grands Affreux et les Affreux ». De même quid du Petit et Grand Carré et du Conseil des fines ? En effet, un bataillon reçoit désormais son nom de promotion à la fin de la première année, et dans le courant de la deuxième année, il transmet les traditions. Aussi, pour ses bazars, il y a un Père Système, un Colonel des Gardes, un Commandant des Gardes, un Scribe et un KS, et un Conseil des fines. Il faut donc distinguer le Grand Carré et le Conseil des fines du Premier Bataillon de France : maître et roi à la Spéciale, du Grand Carré et Conseil des fines du Deuxième Bataillon : maître et roi de sa promotion, qui d’ailleurs pousse aimablement ses Affreux vers la sortie, et qui à la Spéciale reste le Petit Carré. Bientôt le Troisième Bataillon élira son carré et son conseil : les temps sont durs et il n’aura sans doute pas encore le droit de porter le titre de « Petit Carré», ni de « conseil des fines ».
Bref, la promotion Général de Galbert doit affronter les vagues de la réforme nouvelle. Si les appellations, les habitudes sont à prendre, et doivent encore être ajustées, l’esprit demeure, cet esprit qui anime notre belle école depuis deux siècles et qui saura perdurer tant qu’un Saint-Cyrien portera en lui cet idéal.
LTN TERROM
Colonel des Gardes de la Promotion Général de Galbert
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